La rue est un reflet

avril 20, 2009

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Il suffit de voir la concentration sur le visage de cette petite fille, pour comprendre tout le sérieux de sa démarche. Il ne manque plus que la musique et les claquements de doigts pour croire à un vrai flamenco…. Ils font comme les grands : ils ne posent pas, rien ne peut les distraire. Leur action est importante. Car, la rue, c’est une chose sérieuse, qui se laisse contempler afin de comprendre la société.

 

Message de la rue

C’est de la rue que transpirent toutes les facettes de la communauté. Pas besoin de discours, d’explications, de chiffres : il suffit de  prendre la peine d’observer : les gens sont-ils pressés, se tolèrent-ils ? Les noirs vivent-ils vraiment avec les blancs?  La rue dévoile les pratiques, les colères, les frustrations. C’est là que la population se mélange, se croise. Il arrive que les gens manifestent ensemble, au milieu de l’odeur des saucisses vendues à la va-vite. La rue traduit les chiffres et les malaises. C’est une sociologie à part entière qui livre à chaque moment un message. Lorsque les voitures viennent à brûler en banlieue ou que des écoles sont incendiées, le message est clair : la rue attaque l’Etat. Ainsi, lire que 10% des personnes actives sont au chômage en France est moins parlant que de voir des chômeurs faire la queue devant un bureau d’allocations. Constater dans le journal que la France est en grève et que les transports publics sont totalement bloqués, est autre chose que d’être bloqué à la gare de Paris-Saint-Lazare à l’heure de pointe…parmi d’autres milliers de voyageurs. Il faut aller au bord des quais, constater et sentir la tension régnante.

 Comprendre la rue

Chacun joue un rôle dans la rue : celui de Chirac qui touche le train-arrière d’une vache au Salon de l’Agriculture, Sarkozy qui sort un « Vous en avez marre de cette racaille, on va vous en débarrasser » au bord des HLM. La rue écoute. Elle est manipulable et traduit un rapport de force entre représentés et représentants (politiciens, agents sociaux, syndicats). Et ceux qui souhaitent raconter ces rapports de force doivent impérativement connaître la rue. Certains journalistes ont été accueillis dans les banlieues par des jets de cailloux, car ils méconnaissent parfois la réalité du milieu. En 2005, aucun journaliste au sein du journal Le Monde n’était spécialisé sur la problématique des banlieues, qui représente pourtant une bonne partie de la vie des Français. A l’inverse, les journalistes en herbe du Bondy Blog, emmenés dans un premier temps par des journalistes suisses pour couvrir les émeutes de 2005, connaissaient Bondy, Neuilly et ses alentours. Car, la banlieue, ce n’est pas forcément des voitures qui brûlent, mais ce sont aussi ces jeunes qui cravachent pour s’en sortir, ce que la plupart des médias professionnels ont compris aujourd’hui. Le message de la rue est complexe, multiple et doit être compris dans son intégralité. Or, les images du télé-journal ne disent pas tout, les photographies non plus. Il faut constater sur le terrain. Cela traduit néanmoins une situation qui est susceptible d’évoluer. Il a toujours une histoire derrière, voire un message d’espoir : ces deux enfants de couleurs de peau différentes dansent-ils encore ensemble aujourd’hui ?

 

 

 

 

 

 

 

 

L’annonce avait fait l’effet d’une bombe. « Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz ». Ainsi, s’exprimait, le 21 janvier dernier, l’évêque intégriste Richard Williamson, membre de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) à la télévision suédoise. Et ceci pratiquement à la veille de la journée internationale de commémoration des victimes de la Shoah… Presque au même moment, le Pape Benoît XVI levait l’excommunication de quatre évêques – dont celle du britannique – ordonnés, en 1988, par Marcel Lefèvbre, un « intégriste schismatique » (il n’avait pas reconnu le Concile Vatican II) fondateur de la FSSPX. La concomitance de ces deux événements a soulevé un tollé dans l’Eglise et bien au-delà. Il s’en est fallu de peu pour qu’un incident diplomatique se produise entre la chancelière allemande Angela Merkel et son compatriote Benoît XVI. Quelques jours après l’incident, le Pape condamnait sévèrement ces propos tout en invitant l’évêque à revoir sa position. Jusqu’à aujourd’hui, ce dernier a toujours refusé de s’excuser. En Israël, Le Pape devrait tout de même s’y déplacer en mai.

Ouverture à plus de contestations

Pourtant, l’action du Souverain Pontife relevait d’une bonne intention : lever l’excommunication pour ramener les dissidents de ce courant fondamentaliste dans le giron de l’Eglise catholique. Depuis le lancement du concile Vatican II il y a  vingt ans, le FSSPX, la ligne dure à l’égard du Vatican, considérait que le siège de Saint-Pierre était « vacant », car occupé par un faux Pape. Aujourd’hui, le malaise est plus profond au sein de l’Eglise catholique. Eclaboussé par les nombreux scandales pédophiles impliquant des prêtres catholiques, le Vatican voit le nombre de ses fidèles diminuer ces quinze dernières années. L’ « affaire Richard Williamson » ne devrait pas arranger la situation. En Autriche, près de 370 000 fidèles ont quitté l’Eglise durant ce laps de temps. Or, en tendant la main aux intégristes, comment Benoît XVI peut-il aujourd’hui refuser d’écouter les autres courants contestataires, ou être sollicité par ceux qui en appellent à reconsidérer l’enseignement du Vatican en matière d’éthique sexuelle et familiale ? Il doit pleinement assumer le changement de paradigme dans l’approche d’une Eglise qu’il souhaite unie. Le Pape Benoît XVI risque de devoir répondre à toutes ces interpellations. A moins d’annuler l’excommunication.

Métro-boulot-dodo. Le schéma est de plus en plus intenable pour un nombre croissant de travailleurs. Le mal de dos, souvent décrit comme le mal du siècle, est en train de rattraper un autre encore plus perfide : le stress. Les indicateurs sont dans le rouge. Plus de la moitié des 147 millions de travailleurs de l’Union européenne travailleraient à des cadences infernales : 30% souffriraient de mal de dos ; 28% du stress…. Un Français sur deux ! Le stress au travail, qui n’est pas forcément nocif à court terme – lorsqu’il donne un coup de fouet aux employés – coûterait la bagatelle de 20 milliards d’euros par an en Europe. En France, ce montant est estimé entre 830 et 1 656 millions. Au niveau du temps de travail, l’ampleur est aussi importante : le stress est à l’origine de 50 à 60% des pertes de journées de boulot en Europe.

 

Graves conséquences

On parle de stress lorsqu’il y a une inadéquation entre le travailleur et son emploi. Une charge de travail excessive ou insuffisante, un manque de reconnaissance pour le travail accompli, de nombreuses responsabilités ou encore l’insécurité de l’emploi sont potentiellement sources de stress. Celui-ci peut être aigu, lorsqu’il répond à une pression ponctuelle, comme par exemple la prise de parole en public ou chronique, lorsqu’il s’inscrit dans la durée. Les effets du stress ne sont pas seulement psychologiques, mais affectent aussi la santé physique : obésité abdominale, hypertension artérielle, état de fatigue général, tensions dans la nuque, maux de tête. Les accidents vasculaires cérébraux seraient aussi plus fréquents…quand on n’évoque pas la mort ou le suicide. Le sujet est sérieux : le 5 septembre 2007, la Sécurité sociale française reconnaissait la crise cardiaque mortelle d’un ouvrier comme la cause d’un stress chronique.

 

Phénomène en progression

Les études sur le sujet sont claires : stress rime avec précarité de l’emploi, deux phénomènes qui augmentent conjointement depuis une trentaine d’années de manière massive puisque la relation salariale concerne aujourd’hui 89% de la population active. La précarité est apparue  avec la redéfinition de la norme salariale des années fordistes, époque de la production par flux tendu ; les crises pétrolières des années septante ont fait exploser les deux fois huit heures (repos et travail) mettant fin à la croissance exceptionnelle décrite par Robert Castel. L’évolution rapide des systèmes techniques, l’instabilité des marchés, les normes concurrentielles ont engendré une flexibilité croissante de l’emploi et un morcellement du temps de travail. De nouvelles formes de travail sont apparues : temps partiel, travail de nuit ou à la tâche, contrat de durée déterminée (CDD). Ce dernier a fortement remplacé le CDI, devenant la norme de recrutement : en 2004, dans les établissements de plus de 10 salariés du secteur privé français, 73 embauches sur 100 l’étaient sous contrats courts. Le développement de ces formes d’emploi, moins stables et souvent sujettes au licenciement, s’accompagne d’une pression accrue sur les salariés, source de stress. 

 

Femmes majoritairement touchées

Les catégories les plus précaires au niveau des formes de travail sont celles sujettes à un plus grand stress. Les jeunes, les anciens, les femmes sont touchés. Ces dernières sont les principales cibles du travail à temps partiel, principalement dans le secteur des services : un emploi peu qualifié, mal rémunéré, avec un rythme de travail morcelé. Sous ce régime, le stress est d’autant plus fort lorsqu’il faut jongler entre vie professionnelle et familiale. C’est d’autant plus dur lorsque 30% seulement des hommes en France participent aux tâches ménagères. Selon l’Observatoire français du stress de la CFE-GGC, 55% des femmes actives sont stressées, contre 34% des hommes, qui ont souvent des emplois plus stables et une rémunération plus élevée. Mais chez les cadres, les hommes sont les plus représentés et sont soumis à un stress tout aussi intense. Les jeunes quant à eux, constituent la principale cible de l’emploi temporaire, de par leur position d’entrants sur le marché du travail.

 

Un problème de l’entreprise

Que faire pour lutter contre le stress ?  Le prévenir ou le dépister au sein de l’entreprise est une solution. Le rôle du médecin de l’entreprise est d’identifier les sources de stress. Celui du manager de mettre en place des structures pour les canaliser. Cette option répond aux ambitions de Xavier Bertrand, l’ancien ministre français du Travail, aujourd’hui secrétaire général de l’UMP. En mars 2008, celui-ci annonçait une grande enquête nationale portant sur ce phénomène au travail, suivi d’un rapport. Le but était justement, de détecter et de prévenir le stress dans les secteurs les plus touchés. En France, la position du ministre a fait débat. Il faut dire que le co-auteur du rapport est le psychiatre Patrick Légeron, PDG de Stimulus, un cabinet de conseil qui accompagne des grosses entreprises dans la gestion du stress…Mais si le rapport a surtout été critiqué, c’est en raison du fait que ce sont les effets et non les causes du stress qui ont été pointées du doigt. C’est la raison pour laquelle la proposition de Xavier Bertrand a ses limites. En effet, dans l’entreprise, le stress est d’avantage identifié comme révélant de fragilités individuelles que de dysfonctionnements des tâches de travail. Or, le stress a aussi des conséquences sur l’entreprise, ce que les employeurs oublient parfois : augmentation de l’absentéisme, accidents de travail, démotivation, baisse de la créativité et de la productivité. Certes, au niveau européen, il existe une directive-cadre de l’UE : l’employeur est obligé d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs. Mais c’est l’impératif économique qui prévaut souvent, d’autant plus en cette période de récession économique. Pour répondre à la flexibilité, l’entreprise individualise les contrats de travail en basant le salaire au mérite. Cependant, gérer le stress au travail n’est possible qu’en réinventant le statut rattaché au contrat de travail : insérer l’employé dans un environnement compétitif mais socialement soutenable. L’économie a tout à y gagner. En attendant, le métro-boulot-dodo se termine bien souvent par bobo. 

 

 

La rémunération annuelle des dirigeants des entreprises américaines qui recevront à l’avenir l’aide de l’Etat est désormais plafonnée à 500 000 dollars. C’est ce qu’a annoncé le président américain Obama la semaine dernière. Pourquoi ? Certaines entreprises, principalement les banques, qui ont bénéficié de l’aide des pouvoirs publics pour rester à flot dans les turbulences financières, ont continué à rétribuer généreusement leurs patrons. Face à la colère des contribuables, Barak Obama a jugé ces pratiques irresponsables et honteuses. En effet, comment convaincre les citoyens de la nécessité de mettre la main au porte-monnaie pour un secteur dont la survie est jugée essentielle, alors que ses dirigeants mènent grand train ? Ce n’est pas la première fois que le président se fâche sur ce sujet.

En janvier déjà, Obama avait exprimé son dégoût après l’annonce de Wall Street du versement de près de 18 milliards de dollars de primes à leurs salariés en 2008, alors que les places financières de New York ont bénéficié d’un plan gouvernemental de 700 milliards de dollars. Mais au sein des grands noms du secteur de la finance américaine, on brondit le chiffon rouge : ceux-ci craignent l’exode des talents vers d’autres places financières mondiales. 

 Reste que cette annonce est d’autant plus importante qu’elle intervient au moment même où le président s’efforce de faire voter un nouveau plan de relance de 800 milliards au Sénat américain. La partie est loin d’être gagnée, puisque le projet divise tant les républicains que les amis démocrates du président. Mais pour que le projet passe la rampe du Congrès, le contribuable américain ne doit plus avoir l’impression que son argent va directement dans les poches des grands banquiers de Wall Street : là réside la force de l’annonce du président. Mais hier encore, Obama s’est inquiété de la lenteur de la prise de décision du Sénat – qui débat depuis dix jours –, ce qui pourrait avoir des conséquences potentielles catastrophiques sur une économie américaine au bord du gouffre. De plus, le plafonnement des salaires a une autre ambition : ramener la confiance dans le système bancaire. En effet, repartir sur des bases solides est primordial avant un second soulèvement de fonds. Une interrogation subsiste cependant : Obama ne s’est-il pas tiré une balle dans le pied avec cette annonce ? Les établissements ne vont-ils pas tout faire pour ne pas réclamer l’aide publique américaine et ainsi retarder justement…le plan de relance ?

img-4705-11L’armée régulière du Sri Lanka a achevé la semaine dernière la reconquête militaire du nord de l’île. Une page militaire se tourne, sinon une guerre. Tout le pays est désormais soumis. Tout ? En tout cas, Les Tigres de libéralisation de l’Eelam tamoul (LTTE) ne peuvent se replier que dans moins de 300 km2. En novembre dernier, les séparatistes armés perdaient l’Elephant Pass, ouvrant leurs terres à l’armée de Colombo : Killinochichi, leur capitale administrative et politique et le district de Mullaitivu. La capitale est tombée le 2 janvier, marquant une victoire symbolique et stratégique du gouvernement. Moins d’un mois plus tard, Mullaitivu, où les rebelles s’étaient réfugiés, tombait à son tour. L’espoir pour les Tamouls de créer un quasi-Etat s’est subitement effacé.

 

Guerre civile incessante

Les Tamouls chrétiens et hindous sont issus du Nord de l’Inde. Ils ont été appelés par les colons britanniques au XIXe siècle au Sri Lanka. Depuis, ils ont régulièrement été  discriminés et opprimés par la majorité cinghalaise de confession bouddhiste (75% de la population) qui dirige le gouvernement de Colombo. La LTTE, organisation terroriste dans de nombreux pays, décide de prendre les armes en 1983 pour réclamer l’indépendance et lutter contre « l’oppression » des Cinghalais. Depuis, le scénario se répète : attentats, combats, cessez-le-feu. La situation actuelle est proche de celle de 2007, lorsque les troupes cinghalaises avaient lancé de vastes offensives contre le LTTE à l’est. Aujourd’hui, le gouvernement veut reproduire au nord ce qui a été fait à l’est, soit y apporter un agenda démocratique.

 

Avenir incertain

Mais une question demeure : après le succès militaire, quel prolongement politique ? À deux jours de la fête de l’indépendance du Sri Lanka, le président nationaliste Mahinda Rajapaksa, qui a formé sa politique sur l’extermination des Tigres tamouls, s’est félicité de la liberté apportée à son peuple. Mais l’homme fort de Colombo a omis deux détails. D’une part, il devra régler rapidement le sort des civils qui ont fuit les combats. Ils sont aujourd’hui détenus dans des camps. La communauté internationale dénonce leur détention par Colombo, accusé de les retenir prisonniers, de peur qu’ils soient contaminés par la mouvance intégriste tamoule. D’autre part, une paix durable ne sera trouvée qu’en offrant aux minorités un projet politique fédérateur qui laisse une place à tout le monde dans cette île de 20 millions d’habitants. Autrement, les combats reprendront.

 

 

 

Paru dans le Journal belge Le Soir du 6 février 2009

Le plus ancien fabricant de trains miniatures au monde est en faillite. Des générations de fans pleurent…

Le petit bruit… l’odeur de la colle et de la maquette de trains… Ses petits tours ont hypnotisé tant d’enfants et d’adultes… La crise financière est cruelle : les banques à la limite, mais pas Märklin ! La marque est aujourd’hui au bord du déraillement. Et dire qu’elle allait fêter ses 150 ans cette année.

Las… Un crédit non reconduit de 50 millions d’euros est à l’origine de l’annonce mercredi par le tribunal de Göppingen de la faillite du fabricant de jouets miniatures. Il emploie encore 650 personnes et a réalisé en 2008 des ventes pour 128 millions d’euros. La direction précise que les activités seront poursuivies pendant la procédure. Son but est aujourd’hui d’assainir l’entreprise et de lui assurer un avenir. « À la foire des jouets (qui s’ouvre cette semaine à Nuremberg), nous montrerons que nous avons un avenir de façon convaincante avec 400 nouveaux produits », a déclaré Dietmar Mundil, le directeur, depuis le siège mondial en Allemagne.

En Belgique, on a du mal à imaginer que ces petits trains puissent disparaître du paysage. « Je ne peux pas le croire. Une marque comme Märklin ne peut pas mourir. Elle est si prestigieuse qu’elle retrouvera forcément un repreneur », s’enthousiasme Pascal Riche à Bruxelles, un des quatre-vingts détaillants de la société en Belgique.

Dans notre pays et au Luxembourg, Märklin représente un chiffre d’affaires de près de 3,5 millions d’euros. Mais la marque connaissait des difficultés financières depuis de nombreuses années. En 2006, l’investisseur britannique Kingsbridge avait repris la société et fermé une usine de 220 personnes en Allemagne. De nouvelles coupes budgétaires étaient toujours pendantes. Pourtant en 2007 encore, la société ne s’en sortait pas si mal, malgré une situation économique morose et une concurrence asiatique toujours plus rude. Les dernières négociations avec les banques ont contraint la direction à jeter l’éponge.

Märklin est le plus ancien fabricant de modèles réduits au monde. En 1840, Theodor Friedrich Wilhelm Märklin s’installe dans la ville de Göppingen où il épouse Caroline Hettich, dix-neuf ans plus tard. Ensemble, ils fabriquent des cuisines de poupées. L’année 1859 voit la fondation de la marque. Après la mort accidentelle de Theodor Friedrich, ses trois fils et la mère reprennent la société. En 1891, à côté des voitures, bateaux et moulins à vent, Märklin présente le premier système de trains miniatures, composé d’une locomotive à mécanisme d’horlogerie : le mythe Märklin est né. Par la suite, d’autres trains à vapeur voient le jour, alimentés par de l’alcool à brûler.

Il faut attendre 1895 pour voir apparaître le premier train électrique. Seul problème : la ville de Göppingen ne sera équipée de l’électricité qu’en 1900 ! Neuf ans plus tard, le catalogue propose pas moins de 90 locomotives différentes. Mais le miniaturiste Märklin ne lésine pas sur les détails. Ses premiers trains avaient des problèmes au niveau du mécanisme d’entraînement. Par exemple, les locomotives à vapeur n’étaient pas réglables au plan de la vitesse. De plus, les trains électriques étaient branchés sur un réseau local de 220 volts, protégé par deux minces résistances à lampe. Le système de 20 volts est finalement commercialisé en 1926.

Mais la grande réussite de la marque allemande réside dans le fait que les jouets s’inspirent des progrès techniques de la vie de tous les jours : ustensiles de cuisines, manèges, voitures, avions, bateaux… Une vraie petite révolution industrielle.

L’avènement de l’écartement « 00 » en 1935 permit de déplacer le terrain de jeu du train, du sapin de Noël à la table de la cuisine. À partir de 1950, cette échelle céda la place au « HO » ( échelle 1 : 87) qui s’imposa pour son côté pratique. Alors que les maquettes deviennent toujours plus sophistiquées – montagnes, ponts, villages miniatures –, l’informatique crée une révolution. En 1984, le système Digital permet de piloter 80 locomotives et 256 aiguillages. Les adultes ne sont pas non plus en reste. La gamme « Maxi », complètement fabriquée en tôle, mais avec le charme et la nostalgie des trains miniatures des années 30, régale le second âge. Enfin, en 2004, l’apparition du Märklin Systems a la capacité de contrôler plus de 16.000 locos et autres accessoires.

Mais qu’on se rassure. La mort des petits trains Märklin n’est pas encore consommée. Tous les passionnés espèrent que le fabricant sera remis sur rails. Sans quoi, les grands enfants sortiront peut-être leur attirail des armoires, pour célébrer une ultime fois leurs rêves d’antan.

Ils sont professeurs d’université ou journalistes. Ils écument les meetings et décortiquent les discours. Ah ces commentateurs politiques ! Ils fouinent et vocifèrent sur tout ce qui touche de près et (surtout) de loin à la politique : copinage, amitiés embarrassantes. Leur plume a le pouvoir de faire passer les candidats de l’ombre à la lumière. Ils s’amusent à la radio, à la télévision et dans les journaux. Mais au fond, ils portent une grande responsabilité. Pas celle d’interpréter les sondages : ceux-ci se trompent souvent mais ont leur poids. Est-ce que les commentateurs se seraient-ils intéressés à Bayrou, ce « fils de la terre » comme ils ont aimé l’appeler durant la dernière présidentielle française, si les sondages ne lui donnaient pas 19% des intentions de vote au premier tour ? A 19%, François est devenu plus intéressant, plus sympathique. Il devenait leur nouveau cheval de bataille : ils ont pris la voiture pour aller au fin fond de la France écouter le « centriste » qui rassemble. Centriste : c’est un mot inventé par les politologues, relayé par les commentateurs. Il ne dit pas grand-chose, mais permet de classer.

 

Expliquer mais pas classer

Pourtant, la responsabilité des commentateurs politiques n’est pas de catégoriser, mais d’expliquer les arguments des campagnes. La dernière présidentielle américaine est symptomatique du malaise. Trop souvent, on a nommé le président américain par son origine raciale : il est noir.  Cela n’aurait pas forcément été le cas en France. Je me rappelle la réponse de Rama Yade à un journaliste suisse au sujet d’une question sur l’importance de son origine dans ses fonctions. « Qu’est-ce que cela change ? », avait-elle répondu. Aux Etats-Unis au contraire, les commentateurs se sont engouffrés dans la catégorisation raciale. Est-ce un problème Outre-atlantique ? Oui. Les médias devaient en parler, mais pas dans cette façon de rechercher des explications ethniques dans les résultats d’Obama durant les primaires. Il a acquiescé, pour mieux rebondir lors de son discours à Philadelphie. Sur la question raciale, Obama ne tire ni sur les blancs, ni sur les noirs. Il a ses racines dans l’Amérique noire et blanche, chez les riches et chez les pauvres. « Des commentateurs m’ont trouvé ou trop noir, ou pas assez noir ». En fait, il est ni l’un, ni l’autre, pas « catégorisable ». Et ça, les commentateurs politiques, ça les énerve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le_floor_de_wall_streetDepuis le 12 juin 2008, date de la non-ratification du Traité de Lisbonne par l’Irlande, l’Europe est plongée une nouvelle fois dans une crise politique. Cette situation n’est pas nouvelle : la crise institutionnelle européenne est latente depuis une petite dizaine d’années, dès lors que les dirigeants européens ont amorcé l’intégration politique de l’Europe depuis le traité de Maastricht en 1992. L’échec du Traité établissant une Constitution pour l’Europe – suite à la non-ratification par la France et les Pays-Bas en 2005 – n’est finalement que l’explosion de ce malaise latent.

La crise politique européenne puise sa source dans un profond déficit démocratique : les Européens ne se sentent pas producteurs des directives européennes. Cette crise est ensuite accentuée par les divergences entre États Membres, à commencer par la question irakienne. On retrouve cette divergence d’opinion dans le comportement à l’encontre de la puissance russe, au sujet de la crise géorgienne, tout comme du récent litige gazier entre la Russie et l’Ukraine. Les élargissements successifs de l’Europe ont entraîné une diversité toujours plus grande à gérer : il n’y a pas de volonté commune des dirigeants européens. De surcroît, faire naître un sentiment patriotique autour d’une Constitution pour l’Europe est d’autant plus difficile lorsque celle-ci renvoie à une conception juridique de nature froide.

La question turque par exemple est une question de haute politique, mais les États Membres échouent à se mettre d’accord. L’entrée d’un pays de près de 75 millions d’habitants aurait des conséquences tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union : et pas seulement comme solution au vieillissement de la population. Non, les réticences des États européens à l’entrée de la Turquie posent une question : quel sens donner à la construction de l’Union Européenne ? Sa non-entrée dans le club européen a été souvent appuyée par son appartenance musulmane. Or, l’Europe s’est construite sur le déni de sa religion chrétienne et de son histoire. Il s’agit donc plutôt de savoir si la Turquie peut remplir les critères de Copenhague. Et encore, ce critère n’est pas forcément primordial : certains nouveaux États membres, tel que la Roumanie ou la Bulgarie ne sont parfois pas plus regardants sur le respect des droits individuels.

Le constat est sévère : l’Europe s’est construite sur des piliers institutionnels et politiques chancelants : les décisions européennes reposent sur le compromis et le consensus, le droit et l’expertise. Elle est vidée de sa substance démocratique. L’Europe se développe sur le nivellement de ses différences culturelles, ethniques et historiques. Société sans mémoire, elle peine à faire émerger une solidarité transnationale sur des questions hautement politiques. Sa politique étrangère est du ressort du soft power, sa puissance purement civile.

Avec la crise des subprimes, il n’en fallait plus pour que l’empire démocratique se mette en branle. Lorsque les grandes banques européennes, Dexia ou Fortis par exemple en Belgique étaient au bord du gouffre, une réponse concertée des États a sauvé les meubles ; Les chefs de gouvernement ont mis en place un plan de sauvetage, même si l’effort communautaire a été beaucoup moins grand que les apports nationaux. Or, aujourd’hui, on parle d’une seconde recapitalisation des banques. Mais on se dirige de plus en plus vers un système de sauve-qui-peut. On ne sauve plus les banques, mais les secteurs industriels clefs des États : l’automobile et l’aéronautique en particulier. Exemple : ce mardi 27 janvier, le nouveau Premier ministre belge Herman Van Rompuy s’est montré prêt à une intervention étatique en vue de garantir la production à Anvers du groupe General Motors. Chez le voisin français, l’Etat a promis une aide de 5 milliards d’euros au constructeur d’Airbus. En ces temps de crise, la politique agricole commune (PAC) n’est plus un sujet étatique prioritaire ; les interventions nationales n’ont pas provoqué de blocage au niveau européen comme à l’époque de la chaise vide de général de Gaulle et du compromis de Luxembourg. Or, ces nouvelles salves financières posent un problème de distorsion de concurrence dans une Europe qui repose sur le principe économique de libre concurrence. Aujourd’hui, l’existence de l’Union Européenne dépendra de cette motivation : la crise économique sera efficacement combattue, si un aménagement institutionnel s’amorce en parallèle. Pour atteindre ce but, plusieurs constatations et tendances doivent être évoquées. Oui, l’Union Européenne est dans une impasse institutionnelle : sans volonté commune des dirigeants, la crise économique risque de renforcer la crise institutionnelle – on le remarque déjà par l’énervement de Nicolas Sarkozy face à la BCE.

Les États réagiront d’abord en fonction de leurs intérêts nationaux. Il faut donc une réforme en profondeur des institutions européennes : impliquer d’avantage les parlements nationaux en amont et en aval des décisions européennes et canaliser les divergences de manière plus politique et donc de manière intergouvernementale. De plus, mettre sur la table des projets sociaux et écologiques fédérateurs pourrait voir émerger une solidarité transnationale entre les différents États Membres. Mais la modernisation du modèle social européen est-il vraiment une priorité en temps de crise ? Là réside pourtant l’espoir de « la famille européenne » de Sarkozy à l’heure de la mondialisation : les gouvernements sont efficaces s’ils travaillent en concert et en impliquant largement ses populations. Pour se faire, l’Europe ne doit pas se construire en niant son histoire, mais en faisant revivre sa mémoire. Ici peut naître un début de réconciliation entre les anciennes démocraties populaires et son voisin russe, pour autant que l’Europe ne durcisse pas sa politique de voisinage. Or, aujourd’hui, l’Europe est une chimère et une utopie. Elle n’a pas d’objectifs précis, son expansion est sans limites. Elle n’a pas une forme politique qui s’apparente au prisme national. Or, penser l’Europe en ne la rattachant pas aux fondamentaux nationaux, serait peut-être une façon de voir une autre Europe. Quelle que soit sa forme, fédérale ou encore cosmopolitique, l’Europe doit d’abord se rapprocher de ses citoyens.

Chaque année, étudiants francophones et néerlandophones fêtent ensemble l’ouverture officielle de l’Université Libre de Bruxelles. Encore plus aujourd’hui qu’hier, l’occasion est d’oublier dans la bière, une Belgique bloquée et divisée.

A Bruxelles, si les étudiants francophones et flamands s’entendent sur un point, c’est bien sur la Saint-Verhaegen. Chaque année, Pierre-Théodore Verhaegen, St-V pour les intimes, s’invite dans les mémoires du monde estudiantin bruxellois. C’est lui, le fondateur de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et grand promoteur de l’enseignement libre. C’est lui qui est fêté chaque 20 novembre. Ainsi, depuis 119 ans, un gigantesque folklore rassemble plusieurs milliers d’étudiants francophones de l’ULB et leurs homologues néerlandophones de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) autour de commémorations bien arrosées dans les rues de la capitale européenne. On y noie les  problèmes communautaires à coup de chopes pour quelques heures. Dans la fraternité et à travers les âges. « Si je viens ici, c’est pour me remémorer le bon vieux temps. Mais c’est aussi et surtout pour prouver aux étudiants que la Belgique existe toujours. Si flamands et wallons savent s’amuser ensemble, ils peuvent construire l’avenir du royaume. Mais en attendant ce jour, je bois », explique cet ancien étudiant francophone de 63 ans, abordant fièrement une penne sur la tête – sorte de casquette abordant les couleurs de son cercle étudiant – qu’il a reçue à l’occasion de son baptême, il y a plus de 40 ans déjà.

Problèmes communautaires mis de côté

Tout a été fait pour que cette édition soit celle de l’apaisement dans une Belgique toujours plus divisée sur le plan linguistique. « Nous trouvions ça sympa de reprendre les valeurs qui nous unissaient à la base », lançait cette semaine, Julie Bouillon, de l’Association des Cercles étudiants (ACE) dans les colonnes du journal Le Soir. « On a toujours eu des valeurs communes et on a toujours travaillé ensemble. Nous ne voulons pas faire un geste cucul du genre « Vive la Belgique », mais plutôt faire un geste étudiant, qui nous permet de rester nous-mêmes », avait-elle poursuivi. Les consignes ont été respectées et le drapeau belge sorti du tiroir. Ainsi, dans l’après-midi du 20 novembre, présidents de cercles flamands et francophones se sont affrontées gaiement lors d’« à fond » (n.d.l.r : à celui qui boira son verre d’une seule gorgée), à l’occasion du traditionnel cortège partant de la place du Grand Sablon pour se diriger en direction de la Bourse. Et ceci sous le rythme de chars préparés par les différents cercles étudiants, balançant des tonnes de décibels. Camionnettes, camions et autres semi-remorques abordaient des décorations et ornementations au travers d’un thème, soigneusement choisi cette année…la crise financière, crisis van het klimaat en flamand. Tout y passe. Le premier ministre Yves Leterme et son gouvernement sont dépeints en dérision, à qui en reproche d’avoir vendu la banque Fortis aux Français. Et les problèmes communautaires, on en parle ?  Rien sur les décorations. « Il y en a pas ici. On est là pour prouver que l’on est uni. Et oublier tout ce qui nous sépare », explique cet étudiant en économie de la renommée Solvay Business School.

L’amnésie, le temps d’une journée

« De toute façon, rien ne bougera dans ce pays avant les élections législatives fédérales », note cette étudiante flamande, déjà bien enivrée. Alors, oublier est le mot d’ordre. Le travail, les études, les problèmes communautaires, la crise financière. La circulaire gouvernementale de régularisation des sans-papiers qui tarde à arriver, un thème cher au cercle estudiantin bruxellois. Le gouvernement bloqué, la coalition éclatée. Le roi qui refuse la démission de son premier ministre. Le pouvoir d’achat en baisse. Il n’y a pourtant pas de piquets de grèves ou de manifestations. Juste une bastringue et de la bière. C’est ce qui caractérise cette fête de tous les superlatifs, encore plus aujourd’hui qu’hier. On y boit beaucoup, tout en se ravitaillant à volonté aux fûts de bières transportés par les cercles étudiants. On vomit. On se bagarre. On danse. On s’embrasse. On urine en pleine rue. On montre ses fesses. Ses seins. Parfois, à en tomber dans un profond coma éthylique. C’est massif. « C’est une fête de tous les vices », résume cet étudiant abordant un tablier blanc où trône fièrement des inscriptions, tout en observant deux policiers qui tentent tant bien que mal de faire la circulation. « Et dire qu’on nous attend pour diriger la Belgique de demain », rigole-t-il, avant de s’en aller, sa choppe à la main. Pierre-Théodore Verhaegen aurait peut-être de quoi s’en retourner dans sa tombe.

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