aaa.jpgDepuis bientôt dix jours, le Tibet est à feu et à sang. Une question se pose. L’indépendance du Kosovo n’a t-il pas donné des idées à d’autres provinces comme certains spécialistes l’avaient prévu ?

Plus étonnant encore, les informations sont divergentes, les bilans aléatoires et les images sont distribuées au goutte-à-goutte par le gouvernement chinois ou par quelques touristes de passage…D’ailleurs les télespectateurs chinois sont privés des images du Tibet, puisque que CNN présente un écran noir lors des rares sujets tournés par les caméramans de la châine d’information. Tout ceci rappelle aussi étrangement ce qui se passe en Irak. Les informations sont scrupuleusement épluchées par l’Etat major américain et les caméramans sont exclusivement américains et surtout militaires avant d’être des preneurs d’images…Les vraies images se retrouvent sur Youtube ou Dailymotion (ce dernier a d’ailleurs subit des pressions du gouvernement Bush et distille les images les plus softs…).

 Pas de correspondant, aucunes lignes signées dans un journal d’information. Juste quelques dépêches de presse retravaillée par les rédactions, sur la base des informations du gouvernement du Daï Lama en exil. D’ailleurs sa clique est accusée par Pékin d’organiser la pseudo-révolution qui se déroule…Objectivement d’ailleurs, c’est possible.

Reste que les quelques reporters chevronnés sont repoussés aux frontières, la région étant scrupuleusement cadrillée par les militaires chinois. La communauté internationale (c’est quoi ça déjà?) appelle la Chine à la retenue et au calme. Où sont les observateurs onusiens au Tibet ? Que fait le Conseil de sécurité ?

Si la communauté internationale agit de manière concrète , les journalistes rentreront au Tibet et nous seront inondés d’images. Une belle attaque à l’image de marque de la Chine. Mais à quelques mois des Jeux Olympiques de Pékin, vous savez, cette grande messe universelle et fédératrice de tous les peuples, ça serait tellement dommage de se fâcher.  D’ailleurs, une fois les Jeux commençés, le Tibet intéressera-t-il encore lorsque les objectifs seront braqués sur Pékin ?  Je n’ai qu’un souhait, médiocre, mais symbolique (que d’autres partagent d’ailleurs): qu’un athlète monte sur le podium avec un drapeau tibétin.  Ca serait déjà ça. A moins que les Européens ne reçoivent pas l’image…

Banlieue de Berne. Une maison de retraite à quelques mètres du quartier des ambassades. Anne-Marie Im Hof me laisse entrer dans sa chambre. Grand sourire, elle est couchée dans son lit, les écouteurs sur les oreilles. Elle avait presque oublié qu’on avait rendez-vous. A 92 ans, la vieille dame perd un peu la mémoire, mais ses propos sont encore d’époque. En 1990, elle a été décorée par l’Etat d’Israël tout comme 20′000 autres personnes pour être venue en aide, au péril de sa vie à des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale. Son nom est gravé sur une colline à l’ouest de Jérusalem. Juste parmi les Nations. Cinquante autres Suisses ont reçu cette distinction. Mais le titre, elle s’en fiche. “Quiconque sauve une vie sauve l’Univers tout entier”. C’est ce qui est marqué sur sa médaille. Elle trouve que c’est un peu poussé..

Engagée dans la Croix Rouge Suisse dès 1942 pour le secours aux enfants, elle travaille en France. Et la femme originaire de la Vallée de Joux comprend très vite que ses protégés ne seront pas épargnés par le gouvernement de Vichy. Des rafles ont déjà eu lieu dans la colonie des enfants, alors que la Croix Rouge ne bouge pas le petit doigt. Raison pour laquelle elle fera passer douze enfants Juifs illégalement en Suisse par le Risoux, tout près de sa vallée natale. Elle sortira d’ailleurs un livre en 1985 pour raconter ses activités clandestines entre la France occupée et la Suisse. Un coup de tonnerre ? Rien de tout ça. Trop peu de monde l’ont lu. Encore aujourd’hui, même si Giscard d’Estaing a fait son mea culpa, ou que le conseiller fédéral Pascal Couchepin a voulu honorer la mémoire de ces Justes en février dernier, cet engagement est mis aux oubliettes de l’histoire, tout comme les fonds juifs en déshérence. A-t-on oublié que les douaniers helvétiques envoyaient les réfugiés juifs à une mort certaine en les refoulant à la frontière ?

Dans un mois, Anne-Marie Im Hof aura 93 ans. Pourtant, elle est une des dernières témoins d’une bien sombre époque de l’histoire suisse. Peut-être suis-je le dernier journaliste à avoir entendu son témoignage ? Mais après, qui le fera ? Calme, touchante et sereine. Elle sait ce qui l’attend.