A Bruxelles, les Erasmus lausannois sont traités comme des rois
octobre 24, 2008
Lorsque la ville de Bruxelles décide d’offrir une soirée à ses mille Erasmus, elle met les petits plats dans les grands. Elle n’a pas le droit à l’erreur : sa crédibilité de ville européenne des plus festives est en jeu. La soirée semble d’autant plus excitante pour les étudiants stationnés ici, qui n’attendent que de sortir de leur kot (mot belge pour définir une chambre d’étudiant) pour libérer leurs pulsions les plus profondes. Elle l’est encore plus pour les expatriés lausannois, habitués aux nuits en capital vaudoise et forcément, avides de changement. A défaut de plaire, l’annonce a au moins le mérite de mettre du baume au cœur. Va-t-on autant s’amuser qu’au bal de la rentrée au D ! Club, ou lors de soirées étudiantes au Buzz ? Les femmes vont-elles danser sur des podiums en feu, ce qui d’ailleurs, ne s’est pas encore produit à Lausanne ? Va-t-on en avoir pour notre argent, alors même que la soirée est entièrement gratuite ? Pourrons-nous faire sauter les plombs de la discothèque aussi facilement (du vécu) ? On y va pour voir.
Mercredi, 21h, Cimetière d’Ixelles. Le quartier étudiant bruxellois. Une sorte de Flon, moins chic, sans les belles voitures, mais cinq discothèques et autant de friteries en plus. On passe chercher quelques litres de Jupiler chez le Paki (comprenez par-là, le Pakistanais qui tient un Night Shop), direction une house party, organisée à l’arrache une heure avant. Bon, jusque là, rien de transcendant. Des house party, on en fait aussi dans des appartements à Lausanne. On y parle aussi anglais, italien, espagnol, voire suédois ou finlandais. Mais c’est sympa. On se remémore la soirée de la veille et on ingurgite l’énième litre de bières de son échange. La soirée démarre gentiment. On reste un peu entre Erasmus lausannois, on essaie de se mélanger tout de même. Tu viens d’où, tu fais quoi, tu restes combien de temps ici, ah l’Espagne c’est génial : les conversations sont souvent les mêmes, mais on fait connaissance. On parle fort, on rigole. Mince, c’est déjà 22h et on va rater la tombola. Il faut dire que l’office du tourisme bruxellois ne s’est pas foutu de nous : un voyage pour trois personnes à Bruxelles sera tiré au sort. Une chance sur mille de gagner, c’est mieux qu’à l’Euro-million. Faut pas louper ça.
On se dépêche, on monte dans le bus où on accoste deux trois personnes au passage. « Ah, tu viens de Lausanne ? Je suis allé en vacances là-bas », t’affirme-celui-ci, alors que tu te dis au fond de toi : mais pourquoi passer ses vacances là-bas ? Tu tombes aussi sur des personnes des plus renseignées. « Ah, vous avez un métro maintenant. Il fonctionne bien ? ». « Oui, oui, très bien », tu réponds, tout en détournant la question. « C’est près de la Suède, la Suisse ? », ou « C’est beaucoup trop cher » ou « Il y a Blocher » (tu profites de rectifier le tir) : les préjugés sont encore tenaces. Le bus nous lâche dans le métro : une de ses bouches donne juste devant le Continental Mirano, la boîte des clubbers de Bruxelles, située en plein cœur du quartier européen. En temps normal, sans chaussures vernies et sans costards, on se serait fait refoulé à l’entrée, par un malabare qui zozote. Mais ce soir, c’est différent : la soirée doit être cool et décontractée. Tout le monde est théoriquement le bienvenu. En d’autres termes, les Erasmus doivent en avoir pour leur argent. Le portique d’entrée dépassé, tu te retrouves avec une bière offerte dans chaque main, un spéculoos (biscuit belge à texture granuleuse due à la présence de cassonade) dans la bouche.
Plus de deux milles personnes attendent le début de la soirée, en mangeant frites et chocolat (gratuit), tout en participant à divers concours, sanctionnés par la gratuité (encore) de moultes bières. Là, on se dit qu’on est chouchouté. L’endroit est chaleureux et familier. Imaginez : le décor du D ! Club transposé dans une salle deux fois plus grande, qui ressemble étrangement à l’ancien cinéma du Bourg, sans le côté rétro de l’endroit. Finalement, on se sent comme à la maison. « Bon, la fête, elle commence quand ? ». Il est à peine 23h. Tout le monde attend le début du Dirty Dancing avec impatience : un set électro de pure folie bien connu ici, distillé par Cosy Mozzy, le DJ le plus affluent de Belgique. Cinq jours avant, il mixait sur le campus de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) devant 10′000 étudiants, entièrement acquis à sa cause. Certains avaient même oublié, qu’ils y avaient roulé des galoches tout en dansant à poil, postés sur les échelles de secours de l’université. Après quelques formalités sur scène (pour la petite histoire, c’est un ressortissant italien qui a gagné la tombola. Vu leur nombre, cela aurait très bien pu être un Espagnol), un immense lâché de ballons sanctionne le début de la soirée, sur fond d’un Hey Boy, Hey Girl des Chemical Brothers complètement remixé. Ca se pousse, ça se bouscule. La soirée démarre vite et bien. L’énergie et les hormones se libèrent. Boire intéresse les Erasmus, au moins autant que les études. Tout s’explique. Ou presque. Mais le clou du spectacle reste à venir sous les projecteurs et la fumée artificielle : la piste de danse se met à tourner sur elle-même ! Style, la Berneuse de Leysin. Tu te poses, tu sirotes ton chocolat chaud, tu tournes et tu regardes le paysage. La chaleur, l’ambiance électrique en plus, les montagnes en moins. Posté sur cette immense piste de danse tournante, tu peux attraper un partenaire (consentant) au passage et lui démontrer que la puissance de la musique électro vient de l’intérieur. On est rassuré : ici, on sait aussi faire la fête. Mais, dans une autre dimension : plus grande, plus massive, plus intense. « Je crois que la comparaison s’arrête là », me lâche mon collègue lausannois. Mince, il a raison ! N’empêche ! Il se réjouit déjà de rentrer pour enfiler le costard de papa pour aller frimer au Zapoff, le con ! Piste de danse tournante ou pas !


