Ils sont professeurs d’université ou journalistes. Ils écument les meetings et décortiquent les discours. Ah ces commentateurs politiques ! Ils fouinent et vocifèrent sur tout ce qui touche de près et (surtout) de loin à la politique : copinage, amitiés embarrassantes. Leur plume a le pouvoir de faire passer les candidats de l’ombre à la lumière. Ils s’amusent à la radio, à la télévision et dans les journaux. Mais au fond, ils portent une grande responsabilité. Pas celle d’interpréter les sondages : ceux-ci se trompent souvent mais ont leur poids. Est-ce que les commentateurs se seraient-ils intéressés à Bayrou, ce « fils de la terre » comme ils ont aimé l’appeler durant la dernière présidentielle française, si les sondages ne lui donnaient pas 19% des intentions de vote au premier tour ? A 19%, François est devenu plus intéressant, plus sympathique. Il devenait leur nouveau cheval de bataille : ils ont pris la voiture pour aller au fin fond de la France écouter le « centriste » qui rassemble. Centriste : c’est un mot inventé par les politologues, relayé par les commentateurs. Il ne dit pas grand-chose, mais permet de classer.

 

Expliquer mais pas classer

Pourtant, la responsabilité des commentateurs politiques n’est pas de catégoriser, mais d’expliquer les arguments des campagnes. La dernière présidentielle américaine est symptomatique du malaise. Trop souvent, on a nommé le président américain par son origine raciale : il est noir.  Cela n’aurait pas forcément été le cas en France. Je me rappelle la réponse de Rama Yade à un journaliste suisse au sujet d’une question sur l’importance de son origine dans ses fonctions. « Qu’est-ce que cela change ? », avait-elle répondu. Aux Etats-Unis au contraire, les commentateurs se sont engouffrés dans la catégorisation raciale. Est-ce un problème Outre-atlantique ? Oui. Les médias devaient en parler, mais pas dans cette façon de rechercher des explications ethniques dans les résultats d’Obama durant les primaires. Il a acquiescé, pour mieux rebondir lors de son discours à Philadelphie. Sur la question raciale, Obama ne tire ni sur les blancs, ni sur les noirs. Il a ses racines dans l’Amérique noire et blanche, chez les riches et chez les pauvres. « Des commentateurs m’ont trouvé ou trop noir, ou pas assez noir ». En fait, il est ni l’un, ni l’autre, pas « catégorisable ». Et ça, les commentateurs politiques, ça les énerve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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