img-4705-11L’armée régulière du Sri Lanka a achevé la semaine dernière la reconquête militaire du nord de l’île. Une page militaire se tourne, sinon une guerre. Tout le pays est désormais soumis. Tout ? En tout cas, Les Tigres de libéralisation de l’Eelam tamoul (LTTE) ne peuvent se replier que dans moins de 300 km2. En novembre dernier, les séparatistes armés perdaient l’Elephant Pass, ouvrant leurs terres à l’armée de Colombo : Killinochichi, leur capitale administrative et politique et le district de Mullaitivu. La capitale est tombée le 2 janvier, marquant une victoire symbolique et stratégique du gouvernement. Moins d’un mois plus tard, Mullaitivu, où les rebelles s’étaient réfugiés, tombait à son tour. L’espoir pour les Tamouls de créer un quasi-Etat s’est subitement effacé.

 

Guerre civile incessante

Les Tamouls chrétiens et hindous sont issus du Nord de l’Inde. Ils ont été appelés par les colons britanniques au XIXe siècle au Sri Lanka. Depuis, ils ont régulièrement été  discriminés et opprimés par la majorité cinghalaise de confession bouddhiste (75% de la population) qui dirige le gouvernement de Colombo. La LTTE, organisation terroriste dans de nombreux pays, décide de prendre les armes en 1983 pour réclamer l’indépendance et lutter contre « l’oppression » des Cinghalais. Depuis, le scénario se répète : attentats, combats, cessez-le-feu. La situation actuelle est proche de celle de 2007, lorsque les troupes cinghalaises avaient lancé de vastes offensives contre le LTTE à l’est. Aujourd’hui, le gouvernement veut reproduire au nord ce qui a été fait à l’est, soit y apporter un agenda démocratique.

 

Avenir incertain

Mais une question demeure : après le succès militaire, quel prolongement politique ? À deux jours de la fête de l’indépendance du Sri Lanka, le président nationaliste Mahinda Rajapaksa, qui a formé sa politique sur l’extermination des Tigres tamouls, s’est félicité de la liberté apportée à son peuple. Mais l’homme fort de Colombo a omis deux détails. D’une part, il devra régler rapidement le sort des civils qui ont fuit les combats. Ils sont aujourd’hui détenus dans des camps. La communauté internationale dénonce leur détention par Colombo, accusé de les retenir prisonniers, de peur qu’ils soient contaminés par la mouvance intégriste tamoule. D’autre part, une paix durable ne sera trouvée qu’en offrant aux minorités un projet politique fédérateur qui laisse une place à tout le monde dans cette île de 20 millions d’habitants. Autrement, les combats reprendront.

 

 

 

Paru dans le Journal belge Le Soir du 6 février 2009

Le plus ancien fabricant de trains miniatures au monde est en faillite. Des générations de fans pleurent…

Le petit bruit… l’odeur de la colle et de la maquette de trains… Ses petits tours ont hypnotisé tant d’enfants et d’adultes… La crise financière est cruelle : les banques à la limite, mais pas Märklin ! La marque est aujourd’hui au bord du déraillement. Et dire qu’elle allait fêter ses 150 ans cette année.

Las… Un crédit non reconduit de 50 millions d’euros est à l’origine de l’annonce mercredi par le tribunal de Göppingen de la faillite du fabricant de jouets miniatures. Il emploie encore 650 personnes et a réalisé en 2008 des ventes pour 128 millions d’euros. La direction précise que les activités seront poursuivies pendant la procédure. Son but est aujourd’hui d’assainir l’entreprise et de lui assurer un avenir. « À la foire des jouets (qui s’ouvre cette semaine à Nuremberg), nous montrerons que nous avons un avenir de façon convaincante avec 400 nouveaux produits », a déclaré Dietmar Mundil, le directeur, depuis le siège mondial en Allemagne.

En Belgique, on a du mal à imaginer que ces petits trains puissent disparaître du paysage. « Je ne peux pas le croire. Une marque comme Märklin ne peut pas mourir. Elle est si prestigieuse qu’elle retrouvera forcément un repreneur », s’enthousiasme Pascal Riche à Bruxelles, un des quatre-vingts détaillants de la société en Belgique.

Dans notre pays et au Luxembourg, Märklin représente un chiffre d’affaires de près de 3,5 millions d’euros. Mais la marque connaissait des difficultés financières depuis de nombreuses années. En 2006, l’investisseur britannique Kingsbridge avait repris la société et fermé une usine de 220 personnes en Allemagne. De nouvelles coupes budgétaires étaient toujours pendantes. Pourtant en 2007 encore, la société ne s’en sortait pas si mal, malgré une situation économique morose et une concurrence asiatique toujours plus rude. Les dernières négociations avec les banques ont contraint la direction à jeter l’éponge.

Märklin est le plus ancien fabricant de modèles réduits au monde. En 1840, Theodor Friedrich Wilhelm Märklin s’installe dans la ville de Göppingen où il épouse Caroline Hettich, dix-neuf ans plus tard. Ensemble, ils fabriquent des cuisines de poupées. L’année 1859 voit la fondation de la marque. Après la mort accidentelle de Theodor Friedrich, ses trois fils et la mère reprennent la société. En 1891, à côté des voitures, bateaux et moulins à vent, Märklin présente le premier système de trains miniatures, composé d’une locomotive à mécanisme d’horlogerie : le mythe Märklin est né. Par la suite, d’autres trains à vapeur voient le jour, alimentés par de l’alcool à brûler.

Il faut attendre 1895 pour voir apparaître le premier train électrique. Seul problème : la ville de Göppingen ne sera équipée de l’électricité qu’en 1900 ! Neuf ans plus tard, le catalogue propose pas moins de 90 locomotives différentes. Mais le miniaturiste Märklin ne lésine pas sur les détails. Ses premiers trains avaient des problèmes au niveau du mécanisme d’entraînement. Par exemple, les locomotives à vapeur n’étaient pas réglables au plan de la vitesse. De plus, les trains électriques étaient branchés sur un réseau local de 220 volts, protégé par deux minces résistances à lampe. Le système de 20 volts est finalement commercialisé en 1926.

Mais la grande réussite de la marque allemande réside dans le fait que les jouets s’inspirent des progrès techniques de la vie de tous les jours : ustensiles de cuisines, manèges, voitures, avions, bateaux… Une vraie petite révolution industrielle.

L’avènement de l’écartement « 00 » en 1935 permit de déplacer le terrain de jeu du train, du sapin de Noël à la table de la cuisine. À partir de 1950, cette échelle céda la place au « HO » ( échelle 1 : 87) qui s’imposa pour son côté pratique. Alors que les maquettes deviennent toujours plus sophistiquées – montagnes, ponts, villages miniatures –, l’informatique crée une révolution. En 1984, le système Digital permet de piloter 80 locomotives et 256 aiguillages. Les adultes ne sont pas non plus en reste. La gamme « Maxi », complètement fabriquée en tôle, mais avec le charme et la nostalgie des trains miniatures des années 30, régale le second âge. Enfin, en 2004, l’apparition du Märklin Systems a la capacité de contrôler plus de 16.000 locos et autres accessoires.

Mais qu’on se rassure. La mort des petits trains Märklin n’est pas encore consommée. Tous les passionnés espèrent que le fabricant sera remis sur rails. Sans quoi, les grands enfants sortiront peut-être leur attirail des armoires, pour célébrer une ultime fois leurs rêves d’antan.