Paru dans le Journal belge Le Soir du 6 février 2009

Le plus ancien fabricant de trains miniatures au monde est en faillite. Des générations de fans pleurent…

Le petit bruit… l’odeur de la colle et de la maquette de trains… Ses petits tours ont hypnotisé tant d’enfants et d’adultes… La crise financière est cruelle : les banques à la limite, mais pas Märklin ! La marque est aujourd’hui au bord du déraillement. Et dire qu’elle allait fêter ses 150 ans cette année.

Las… Un crédit non reconduit de 50 millions d’euros est à l’origine de l’annonce mercredi par le tribunal de Göppingen de la faillite du fabricant de jouets miniatures. Il emploie encore 650 personnes et a réalisé en 2008 des ventes pour 128 millions d’euros. La direction précise que les activités seront poursuivies pendant la procédure. Son but est aujourd’hui d’assainir l’entreprise et de lui assurer un avenir. « À la foire des jouets (qui s’ouvre cette semaine à Nuremberg), nous montrerons que nous avons un avenir de façon convaincante avec 400 nouveaux produits », a déclaré Dietmar Mundil, le directeur, depuis le siège mondial en Allemagne.

En Belgique, on a du mal à imaginer que ces petits trains puissent disparaître du paysage. « Je ne peux pas le croire. Une marque comme Märklin ne peut pas mourir. Elle est si prestigieuse qu’elle retrouvera forcément un repreneur », s’enthousiasme Pascal Riche à Bruxelles, un des quatre-vingts détaillants de la société en Belgique.

Dans notre pays et au Luxembourg, Märklin représente un chiffre d’affaires de près de 3,5 millions d’euros. Mais la marque connaissait des difficultés financières depuis de nombreuses années. En 2006, l’investisseur britannique Kingsbridge avait repris la société et fermé une usine de 220 personnes en Allemagne. De nouvelles coupes budgétaires étaient toujours pendantes. Pourtant en 2007 encore, la société ne s’en sortait pas si mal, malgré une situation économique morose et une concurrence asiatique toujours plus rude. Les dernières négociations avec les banques ont contraint la direction à jeter l’éponge.

Märklin est le plus ancien fabricant de modèles réduits au monde. En 1840, Theodor Friedrich Wilhelm Märklin s’installe dans la ville de Göppingen où il épouse Caroline Hettich, dix-neuf ans plus tard. Ensemble, ils fabriquent des cuisines de poupées. L’année 1859 voit la fondation de la marque. Après la mort accidentelle de Theodor Friedrich, ses trois fils et la mère reprennent la société. En 1891, à côté des voitures, bateaux et moulins à vent, Märklin présente le premier système de trains miniatures, composé d’une locomotive à mécanisme d’horlogerie : le mythe Märklin est né. Par la suite, d’autres trains à vapeur voient le jour, alimentés par de l’alcool à brûler.

Il faut attendre 1895 pour voir apparaître le premier train électrique. Seul problème : la ville de Göppingen ne sera équipée de l’électricité qu’en 1900 ! Neuf ans plus tard, le catalogue propose pas moins de 90 locomotives différentes. Mais le miniaturiste Märklin ne lésine pas sur les détails. Ses premiers trains avaient des problèmes au niveau du mécanisme d’entraînement. Par exemple, les locomotives à vapeur n’étaient pas réglables au plan de la vitesse. De plus, les trains électriques étaient branchés sur un réseau local de 220 volts, protégé par deux minces résistances à lampe. Le système de 20 volts est finalement commercialisé en 1926.

Mais la grande réussite de la marque allemande réside dans le fait que les jouets s’inspirent des progrès techniques de la vie de tous les jours : ustensiles de cuisines, manèges, voitures, avions, bateaux… Une vraie petite révolution industrielle.

L’avènement de l’écartement « 00 » en 1935 permit de déplacer le terrain de jeu du train, du sapin de Noël à la table de la cuisine. À partir de 1950, cette échelle céda la place au « HO » ( échelle 1 : 87) qui s’imposa pour son côté pratique. Alors que les maquettes deviennent toujours plus sophistiquées – montagnes, ponts, villages miniatures –, l’informatique crée une révolution. En 1984, le système Digital permet de piloter 80 locomotives et 256 aiguillages. Les adultes ne sont pas non plus en reste. La gamme « Maxi », complètement fabriquée en tôle, mais avec le charme et la nostalgie des trains miniatures des années 30, régale le second âge. Enfin, en 2004, l’apparition du Märklin Systems a la capacité de contrôler plus de 16.000 locos et autres accessoires.

Mais qu’on se rassure. La mort des petits trains Märklin n’est pas encore consommée. Tous les passionnés espèrent que le fabricant sera remis sur rails. Sans quoi, les grands enfants sortiront peut-être leur attirail des armoires, pour célébrer une ultime fois leurs rêves d’antan.

Une réponse à “La crise financière est cruelle : elle a eu la peau de Märklin”

  1. alain a dit :

    vous avez tout a fait raison la mort du petit train n’est pas terminée si cela vous interesse voici mon réseau


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