Sri Lanka : Le scénario se répète
février 6, 2009
L’armée régulière du Sri Lanka a achevé la semaine dernière la reconquête militaire du nord de l’île. Une page militaire se tourne, sinon une guerre. Tout le pays est désormais soumis. Tout ? En tout cas, Les Tigres de libéralisation de l’Eelam tamoul (LTTE) ne peuvent se replier que dans moins de 300 km2. En novembre dernier, les séparatistes armés perdaient l’Elephant Pass, ouvrant leurs terres à l’armée de Colombo : Killinochichi, leur capitale administrative et politique et le district de Mullaitivu. La capitale est tombée le 2 janvier, marquant une victoire symbolique et stratégique du gouvernement. Moins d’un mois plus tard, Mullaitivu, où les rebelles s’étaient réfugiés, tombait à son tour. L’espoir pour les Tamouls de créer un quasi-Etat s’est subitement effacé.
Guerre civile incessante
Les Tamouls chrétiens et hindous sont issus du Nord de l’Inde. Ils ont été appelés par les colons britanniques au XIXe siècle au Sri Lanka. Depuis, ils ont régulièrement été discriminés et opprimés par la majorité cinghalaise de confession bouddhiste (75% de la population) qui dirige le gouvernement de Colombo. La LTTE, organisation terroriste dans de nombreux pays, décide de prendre les armes en 1983 pour réclamer l’indépendance et lutter contre « l’oppression » des Cinghalais. Depuis, le scénario se répète : attentats, combats, cessez-le-feu. La situation actuelle est proche de celle de 2007, lorsque les troupes cinghalaises avaient lancé de vastes offensives contre le LTTE à l’est. Aujourd’hui, le gouvernement veut reproduire au nord ce qui a été fait à l’est, soit y apporter un agenda démocratique.
Avenir incertain
Mais une question demeure : après le succès militaire, quel prolongement politique ? À deux jours de la fête de l’indépendance du Sri Lanka, le président nationaliste Mahinda Rajapaksa, qui a formé sa politique sur l’extermination des Tigres tamouls, s’est félicité de la liberté apportée à son peuple. Mais l’homme fort de Colombo a omis deux détails. D’une part, il devra régler rapidement le sort des civils qui ont fuit les combats. Ils sont aujourd’hui détenus dans des camps. La communauté internationale dénonce leur détention par Colombo, accusé de les retenir prisonniers, de peur qu’ils soient contaminés par la mouvance intégriste tamoule. D’autre part, une paix durable ne sera trouvée qu’en offrant aux minorités un projet politique fédérateur qui laisse une place à tout le monde dans cette île de 20 millions d’habitants. Autrement, les combats reprendront.


