L’annonce avait fait l’effet d’une bombe. « Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz ». Ainsi, s’exprimait, le 21 janvier dernier, l’évêque intégriste Richard Williamson, membre de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) à la télévision suédoise. Et ceci pratiquement à la veille de la journée internationale de commémoration des victimes de la Shoah… Presque au même moment, le Pape Benoît XVI levait l’excommunication de quatre évêques – dont celle du britannique – ordonnés, en 1988, par Marcel Lefèvbre, un « intégriste schismatique » (il n’avait pas reconnu le Concile Vatican II) fondateur de la FSSPX. La concomitance de ces deux événements a soulevé un tollé dans l’Eglise et bien au-delà. Il s’en est fallu de peu pour qu’un incident diplomatique se produise entre la chancelière allemande Angela Merkel et son compatriote Benoît XVI. Quelques jours après l’incident, le Pape condamnait sévèrement ces propos tout en invitant l’évêque à revoir sa position. Jusqu’à aujourd’hui, ce dernier a toujours refusé de s’excuser. En Israël, Le Pape devrait tout de même s’y déplacer en mai.
Ouverture à plus de contestations
Pourtant, l’action du Souverain Pontife relevait d’une bonne intention : lever l’excommunication pour ramener les dissidents de ce courant fondamentaliste dans le giron de l’Eglise catholique. Depuis le lancement du concile Vatican II il y a vingt ans, le FSSPX, la ligne dure à l’égard du Vatican, considérait que le siège de Saint-Pierre était « vacant », car occupé par un faux Pape. Aujourd’hui, le malaise est plus profond au sein de l’Eglise catholique. Eclaboussé par les nombreux scandales pédophiles impliquant des prêtres catholiques, le Vatican voit le nombre de ses fidèles diminuer ces quinze dernières années. L’ « affaire Richard Williamson » ne devrait pas arranger la situation. En Autriche, près de 370 000 fidèles ont quitté l’Eglise durant ce laps de temps. Or, en tendant la main aux intégristes, comment Benoît XVI peut-il aujourd’hui refuser d’écouter les autres courants contestataires, ou être sollicité par ceux qui en appellent à reconsidérer l’enseignement du Vatican en matière d’éthique sexuelle et familiale ? Il doit pleinement assumer le changement de paradigme dans l’approche d’une Eglise qu’il souhaite unie. Le Pape Benoît XVI risque de devoir répondre à toutes ces interpellations. A moins d’annuler l’excommunication.


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