La rue est un reflet
avril 20, 2009

Il suffit de voir la concentration sur le visage de cette petite fille, pour comprendre tout le sérieux de sa démarche. Il ne manque plus que la musique et les claquements de doigts pour croire à un vrai flamenco…. Ils font comme les grands : ils ne posent pas, rien ne peut les distraire. Leur action est importante. Car, la rue, c’est une chose sérieuse, qui se laisse contempler afin de comprendre la société.
Message de la rue
C’est de la rue que transpirent toutes les facettes de la communauté. Pas besoin de discours, d’explications, de chiffres : il suffit de prendre la peine d’observer : les gens sont-ils pressés, se tolèrent-ils ? Les noirs vivent-ils vraiment avec les blancs? La rue dévoile les pratiques, les colères, les frustrations. C’est là que la population se mélange, se croise. Il arrive que les gens manifestent ensemble, au milieu de l’odeur des saucisses vendues à la va-vite. La rue traduit les chiffres et les malaises. C’est une sociologie à part entière qui livre à chaque moment un message. Lorsque les voitures viennent à brûler en banlieue ou que des écoles sont incendiées, le message est clair : la rue attaque l’Etat. Ainsi, lire que 10% des personnes actives sont au chômage en France est moins parlant que de voir des chômeurs faire la queue devant un bureau d’allocations. Constater dans le journal que la France est en grève et que les transports publics sont totalement bloqués, est autre chose que d’être bloqué à la gare de Paris-Saint-Lazare à l’heure de pointe…parmi d’autres milliers de voyageurs. Il faut aller au bord des quais, constater et sentir la tension régnante.
Comprendre la rue
Chacun joue un rôle dans la rue : celui de Chirac qui touche le train-arrière d’une vache au Salon de l’Agriculture, Sarkozy qui sort un « Vous en avez marre de cette racaille, on va vous en débarrasser » au bord des HLM. La rue écoute. Elle est manipulable et traduit un rapport de force entre représentés et représentants (politiciens, agents sociaux, syndicats). Et ceux qui souhaitent raconter ces rapports de force doivent impérativement connaître la rue. Certains journalistes ont été accueillis dans les banlieues par des jets de cailloux, car ils méconnaissent parfois la réalité du milieu. En 2005, aucun journaliste au sein du journal Le Monde n’était spécialisé sur la problématique des banlieues, qui représente pourtant une bonne partie de la vie des Français. A l’inverse, les journalistes en herbe du Bondy Blog, emmenés dans un premier temps par des journalistes suisses pour couvrir les émeutes de 2005, connaissaient Bondy, Neuilly et ses alentours. Car, la banlieue, ce n’est pas forcément des voitures qui brûlent, mais ce sont aussi ces jeunes qui cravachent pour s’en sortir, ce que la plupart des médias professionnels ont compris aujourd’hui. Le message de la rue est complexe, multiple et doit être compris dans son intégralité. Or, les images du télé-journal ne disent pas tout, les photographies non plus. Il faut constater sur le terrain. Cela traduit néanmoins une situation qui est susceptible d’évoluer. Il a toujours une histoire derrière, voire un message d’espoir : ces deux enfants de couleurs de peau différentes dansent-ils encore ensemble aujourd’hui ?


